Politique et homosexualité au Cameroun: de grosses vérités voient le jour, voici les détails!

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La question de l’homosexualité quoique très médiatisée ces derniers temps ne date pas d’hier au Cameroun. C’est une problématique qui date du début des années 2000. Voici au sens plus large ce qu’il en est exposé sur le site éducatif Cairn Info.

« En janvier 2006, trois organes privés de presse, La Météo La Nouvelle Afrique et L’Anecdote publient des listes de personnalités publiques présumées homosexuelles. Ces listes concernent prioritairement des hommes et femmes célèbres pour des faits politiques (ministres et directeurs généraux de sociétés publiques et parapubliques), artistiques et culturels (musiciens et chanteurs internationalement reconnus), religieux (évêques et prêtres principalement catholiques), ou encore sportifs (footballeurs de haut niveau). Cet événement met l’homosexualité sur la place publique, non sans renforcer la stigmatisation de ceux qui en sont soupçonnés. De fait, prises de court par ces accusations, certaines des personnalités listées réagissent par des procès contre les journaux pour tenter de se sortir de ce « lynchage sur tabloïds », et obtiennent la condamnation de quelques directeurs de publication.

D’autres personnalités listées restent silencieuses, craignant d’ajouter à la polémique et de se voir davantage éclaboussées par le scandale. En partie attaquées par les trois journaux, les plus hautes sphères de l’État – onze ministres et anciennes personnalités figurent sur les listes – s’indignent par le biais du président de la République lui-même lors de son traditionnel discours du 10 février marquant la célébration de la Fête de la jeunesse.

Si le chef de l’État dénonce le non-respect de la déontologie de la part des « journaux de listes », et relègue la vie sexuelle à la « sphère privée », les pouvoirs publics qu’il représente laissent néanmoins s’accentuer la répression contre des « cadets sociaux »accusés d’homosexualité pour tenter de regagner les faveurs de l’opinion médiatique. Cette politisation du débat sur l’homosexualité – dans le sens où le Cameroun est quasiment le seul pays d’Afrique où la critique de ce fait s’articule à celle des dirigeants politiques – a donné lieu à plusieurs interprétations. Ludovic Ladŏ y voit le signe d’une « homophobie populaire».

Pour cet auteur, le débat orchestré par la presse privée serait une manifestation des « résistances locales à l’épreuve de la mondialisation », les « États africains » devant affronter en même temps les injonctions internationales au respect des minorités sexuelles et le rejet local de ces injonctions. Ces listes seraient aussi un symbole du « malaise de la modernité africaine », avec un « fossé entre l’élite et la populace » qui provoquerait une « crise de justice sociale ». D’autres encore y décèlent une dimension d’affrontement au sein de la classe politique, certains membres de celle-ci usant du stigmate d’homosexualité pour délégitimer une partie de leurs adversaires.

Nadine Machikou montre de ce point de vue que « la fabrique de ce scandale ne peut être comprise en dehors de l’ambiguïté de la situation post-autoritaire : comment passe-t-on de l’ethos de l’un, marqué par une relative “non-compétition”, à une reconnaissance de l’autre comme partenaire du jeu politique ?

». Pour la politologue, le contexte camerounais serait « marqué par les effets d’une gouvernementalité productrice de violence et de domination » ; se profilerait ainsi à travers l’homosexualité, « un processus de fond, […] celui de la dureté d’une situation post-autoritaire qui amplifie le poids de la sexualité en tant qu’occasion permanente de désordre ».

Une telle lecture de la polémique sur l’homosexualité comme cache-sexe d’une situation sociopolitique particulièrement en crise se rapproche du point de vue de Charles Guéboguo, ou de celui de Micah King. Pour ces auteurs, le procès de l’homosexualité est en partie instrumentalisé par l’« opinion publique » pour protester contre les abus des dominants, c’est-à-dire à la fois les dirigeants politiques et l’« impérialisme occidental ». La cabale anti-homosexuelle agirait à la façon d’un « […] bouc-émissaire comparable au rituel d’inversion qui permet au groupe de trouver des objets de substitution vers lesquels s’évacuent les conflits et les tensions sociales dans un moment où l’ascenseur social semble bloqué  ».

Si d’autres arguments de rejet de cette orientation sexuelle, comme celui de l’« inauthenticité […], c’est-à-dire son extériorité à la culture africaine » sont évoqués, la plupart des analyses voient prioritairement dans l’« affaire des listes » un affrontement par presse interposée entre l’élite politique et une partie de la population. Pour Fabien Eboussi, cette pratique de listes a constitué « une occasion favorable pour poser de graves et décisifs problèmes politiques concernant la légitimité de ceux qui sont au pouvoir par la manifestation au “peuple camerounais” de leur indignité morale ». Ainsi, en citant nommément parmi l’élite nationale les auteurs présumés d’une « pratique immorale » du point de vue des représentations collectives, les journalistes désigneraient les « coupables » de la dérive du pays. Accuser ces personnes de s’adonner à une « pratique honteuse  » reviendrait à dénoncer publiquement la défaillance d’hommes de pouvoir suspectés d’avoir transgressé la loi dans un contexte où l’homosexualité est prohibée .

De la sorte, « c’est aussi poser la question de leur désignation, des mécanismes qui ont présidé à leur sélection et hypothéquer leur longévité au poste qui leur a été confié». Si les ministres et autres directeurs généraux listés sont « coupables » de tels délits, cela questionne l’État . Mais en se focalisant autant sur la dimension apparente d’affrontement entre la presse et les détenteurs du pouvoir, l’analyse élude certaines des autres dynamiques de cet événement. L’opposition entre presse privée et milieu politique néglige par exemple les facteurs liés au monde des médias lui-même, dont les luttes intestines influencent de façon déterminante certains choix éditoriaux populistes, qui à leur tour affectent la vie publique en faisant courir un risque au projet démocratique. »

Source:camerounweb

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